jeu. 7 mai 2026
Rencontre avec Sahëlie : La musique tel un rodéo d'émotions
Écrit par : Léopold Frouin, Lucie Dublanchet et Noémie Sulpin © Alex Le Mouroux
En quelques sons, Sahëlie s’est imposée comme la voix émergente à suivre en 2026. Présente dans la sélection des Inouïs lors de la 50e édition du Printemps de Bourges, elle a conquis les cœurs des spectateurs, de par sa musique aux notes d’afro-pop et de soul. Le 6 mai 2026, l’artiste a dévoilé son premier EP, Télescope, un cinq titres organique et intime. Nous l’avons rencontré et avons discuté avec elle de son rapport à la scène, de l’émotion de ses textes, de sa collaboration avec Awir Leon.
Quand on te découvre sur scène, on sent que c’est ton territoire. Comment arrives-tu à l’habiter ?
C’est drôle parce que la sélection des Inouïs était ma première date, et celle-ci, ma deuxième. J’ai encore beaucoup à apprendre ! Je travaille ma présence scénique en essayant de mettre à profit mes quatorze années de danse (même si je ne me suis jamais arrêtée de danser).
Tu faisais ces cours de danse avec ta mère ?
Exactement. Ma mère est professeure de danse et m’y a initiée quand j'étais petite. Mon père l’accompagnait au djembé. Sur scène, j’ai envie de développer cet héritage et de montrer comment la musique m’est venue à travers la danse. J’espère faire un maximum de scènes à l’avenir.
Le corps est comme un instrument de musique sur scène. On ressent toutes tes émotions sur ton visage, comme tu le chantes dans ton titre Shakras : “J’ai rien à dire, tout se passe dans mes yeux”. A quel point c’est important pour toi de développer tout cet aspect corporel sur scène ?
Je suis quelqu’un de très expressif en général, d’où cette phrase : tout se lit dans mes yeux. Quand j’aime ou n’aime pas quelqu’un, ça se voit. Le corps est une extension de l’âme, que j’ai envie de chérir. Mon âme, mon corps, ma voix et ma danse constituent ma créativité.
Pour revenir au titre Shakras, tu as dit que c’était comme “une lettre que tu t’es écrite à toi-même”. Qu’as-tu ressenti quand tu l’as écrite et que ressens-tu aujourd’hui quand tu l’interprètes sur scène ?
J’adore cette phrase ! Shakras est ma première chanson écrite en français. Avant, je n’arrivais à exprimer mes émotions qu’en anglais. J’avais peur du regard et du jugement des autres. Dans Shakras, je dis : “Des compliments de racistes, s’attendent que je dise merci”. Je n’aurais jamais osé le dire avant, car j’ai souffert de racisme décomplexé. Ce titre, c’est un moyen pour moi de reconnecter avec ma petite moi et de lui dire : “écoute, tu as le droit de l’écrire et de l’interpréter”. Il me permet de me réaligner avec moi-même, de faire tourner les chakras. C’est vraiment une lettre que je m'adresse à moi-même.
Sur Instagram, tu expliques que Shakras ne s’appelait pas comme ça au départ, mais Copie Stuck. Peut-on considérer tes deux premiers sons, All About et Shakras, comme des morceaux où tu parlais de ton toi du passé, et que les autres titres présents sur ton premier EP Télescope, parlent de ton toi du présent et du futur ?
Exactement ! Copie Stuck est une production personnelle, en version acoustique, du titre devenu Shakras. Cette seconde version a été construite avec Awir Leon, avec qui je travaille main dans la main. C’est une chanson qui me tient à cœur parce qu’elle m’apporte du réconfort. All About et Shakras sont des extensions de ma personnalité. Elles me permettent de mieux vivre avec moi-même et de me définir telle que je suis. Mon EP Télescope est une montée en pression de tout ce que j’ai envie de dire et de transmettre.
Peut-on dire que le nom de ton EP Télescope est une métaphore d’une luminosité et d’une imagerie artistique grandissante ?
Complètement ! Je pense que j’ai envie de le définir comme ça maintenant ! (Rires). Télescope symbolise le début du projet. C’est la base d’un processus qui s'inscrit sur le long terme. Donc préparez vos télescopes, parce que la route est longue ! On a un chemin à parcourir ensemble ! Je considère la musique comme quelque chose qui se partage autant pour les gens qui écoutent que pour ceux qui créent.
© Alex Le Mouroux
Sur Instagram, on a découvert une vidéo réalisée avec une petite caméra que tu as eue quand tu avais 9 ans. Jusqu’où veux-tu l’emporter avec toi ?
J’adore cette caméra parce qu’elle fonctionne mal et qu’à chaque fois que quelqu’un veut prendre une photo avec, elle s’éteint. J'espère l'emmener avec moi pour toujours. C’est ma grande-tante qui me l’avait offerte. J’espère emporter cette caméra avec moi pour prendre des photos avec les gens qui aime mon projet !
Tout à l'heure tu disais que la musique est synonyme de partage. Tu as notamment évoqué ta collaboration avec Awir Leon. Comment s’est posée cette collaboration et quelle en sera la suite ?
Mon entrée dans la musique s’est faite avec Awir. Il m’a ouvert la porte. Un jour, ma grande-soeur lui a envoyé une de mes vidéos. Il a kiffé, on s’est rapidement vus et on a décidé de commencer à créer ensemble. On a tout de suite eu un coup de cœur humain. C’est comme un grand frère pour moi. On fait la route à deux. Il représente une safe place dans ma musique. Il est avec moi sur scène.
Qu'est-ce qu'il fait précisément ?
Il fait les prods, tout ce qui touche à l’instrumental. Il s'occupe également du mix des chansons. On a une approche artistique qui se construit à travers nos quatre yeux. Le mélange de nos deux univers ajoute un côté hybride à notre musique.
Quand on est une femme, qui plus est racisée, on ressent de la fatigue à devoir apprendre aux hommes à bien se comporter.
Nous sommes aujourd’hui aux Inouïs du Printemps de Bourges. Ce sont tes premiers concerts sur scène comme tu nous le disais tout à l’heure. Dans un article sur le site de Radio France, tu disais : “la musique est un miroir auquel je suis obligé de faire face”. La musique est-elle un miroir de tes émotions ?
C’est drôle, plus j’entends cette phrase, plus je la trouve banale. Mais je pense avoir eu besoin de la dire à un moment donné.
Quand j’écris un texte, je ne sais pas à l’avance ce que je vais dire. Dans l’EP, il y a une chanson qui s’appelle Amer et qui parle de la « femme objet ». Elle remet en question cette idée à travers le féminisme. Je savais ce que j’allais dire en écrivant le morceau, mais je ne me rendais pas compte de mon énervement à ce moment-là. Quand on est une femme, qui plus est racisée, on ressent de la fatigue à devoir apprendre aux hommes à bien se comporter. La société me laisse un goût amer, d’où le titre du morceau.
Quand on a commencé à écrire avec Awir, on se laissait porter sur scène. Rien n’était défini. On a fini par mettre en place des mouvements scéniques que je faisais déjà inconsciemment, afin d’être plus confiants et à l’aise.
© Alex Le Mouroux
La danse, l’écriture, le chant, le dessin : tu es une artiste touche-à-tout. Comment travailles-tu cette palette artistique ?
J’adore dessiner ! On me fait souvent de jolis retours sur ce que je fais, même si j’ai l’impression de ne pas toujours créer de belles choses ! (Rires). Mais au final, je trouve ça plutôt fun. Je fais aussi pas mal de couture.
Pour du merchandising à venir ?
Ce serait trop bien ! J’aimerais en faire à l’avenir. Je fais déjà des autocollants avec un ami qui s’appelle Alexis.
Le 22 avril est sorti le clip du morceau Rodéo, présent sur ton premier EP.
C’est mon clip le plus produit. J’en suis aussi la monteuse !
Tu es un vrai couteau-suisse !
On peut dire ça (Rires). J’ai passé des heures sur YouTube à apprendre à me servir du logiciel DaVinci Resolve. Je suis contente du résultat.
Aux Inouïs du Printemps de Bourges, il y a une diversité musicale impressionnante. Est-ce qu’il y a des artistes avec qui tu as senti une connexion artistique ?
Il y a une alchimie avec tous les artistes. On est liés par l’émergence de nos projets. Une vraie bienveillance se dégage de tout le monde. J’ai évidemment des coups de cœur, comme Naeko et Koum. J’ai envie de leur dire : Venez, faisons du son ensemble !
Tu aimerais jouer à Bordeaux ? Parce qu’on est là pour t’accueillir !
Grave ! J’ai envie de jouer dans toute la France, de faire le plus de concerts possibles. J’ai la carte TGV Max pour voyager, donc il faut bien la rentabiliser ! (Rires). Je veux rencontrer un maximum de personnes. J’adore le sourire des gens ! J’ai évidemment envie d’aller à Bordeaux, prendre un petit cannelé et une chocolatine !
Entretien réalisé le 17 avril au Printemps de Bourges Crédit Mutuel.
Téléscope
Vous ne m'aimerez pas
Shakras
Rodéo
Amer
Coeur est bloqué
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