2024-01-29
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“NBOW (New Blues, Old Wine)”, est le quatrième projet solo du rappeur B.B Jacques sorti le 4 Novembre 2022 sur le label éponyme. B.B Jacques connu sous le nom de BlackBird Jacques ou encore Tino est un rappeur français, de Courbevoie, d’origine libanaise. C’est un artiste très actif depuis fin 2020. Celui-ci gagne en 2021 le concours organisé par Le Chroniqueur Sale (journaliste, producteur, beatmaker) et Groover (Agence de promotion artistique). Il participe aussi à l’émission tremplin Nouvelle École sur Netflix, ce qui lui fournit une exposition importante. Néanmoins, à l’opposé de l’objectif de ces passerelles musicales, B.B Jacques n’est pas du tout l’artiste émergent, en début de carrière. C’est d’ailleurs plutôt l’inverse. Tous les éléments de son univers artistique sont maîtrisés et travaillés depuis bien longtemps : « Ça fait 10 ans (que) j’écris, 7 ans (que) je structure une D.A, 5 ans (que) je fais une équipe, 11 mois (que) je suis dans le game. », déclare t-il dans le programme Nouvelle École.
L’album “NBOW” s’ouvre tout doucement avec le bruit de l’océan et une nappe musicale harmonieuse qui rappelle immédiatement la pochette du projet. On voit B.B Jacques avancer dans l’eau, vêtu très soigneusement d’un costume gris. C’est une invitation à une immersion poétique que nous propose le rappeur, entre amour et haine, calme et violence, comparaison entre ses débuts et ce qu’il est devenu aujourd’hui. B.B Jacques oscille entre ces différents thèmes à travers l’album. Pour les exprimer, il utilise ses mots accompagnés de placements très particuliers qui ont pour effet de sublimer les phrases de son texte. Ces placements sont d’ailleurs accompagnés de l’Ad libitum “Fuck Off” utilisé comme une virgule et véritable marque de fabrique du rappeur : “Fuck off, c’est pas une insulte c’est une signature” écrit-il dans le projet.
B.B Jacques joue avec l’instrumentale, lui laissant une place très importante tout en ne se laissant jamais complètement entraîner par elle, comme dans “HARMONIE” ou “CINCINATTI”. C’est d’ailleurs très important quand on sait que de talentueux producteurs/beatmakers comme Diaby, Le Chroniqueur Sale, Pandrezz et bien d’autres, ont travaillé sur le projet, amenant chacun un élément de leur propre esthétique musicale. Ce pluralisme se ressent et B.B Jacques le prend en compte et le respecte. Ce n’était pas forcément le cas dans ses projets précédents : dans le morceau “2h22” de l’album “Poésie d’une Pulsion II”, il demandait “de ne pas laisser traîner la prod”. A l’inverse, dans “NBOW”, il dialogue davantage avec ses équipiers : “J'm'efface, laisse traîner la prod” sur “HARMONIE” ou encore “Laisse traîner notes de piano, nique la prise” sur “INTÉRIEUR SCANDINAVE”.
Le piano est omniprésent dans le projet, du début à la fin. C’est un contraste total avec le timbre de B.B Jacques très gras et son débit de parole agressif. C’est un mélange entre la délicatesse de l’instrument et la rudesse de la voix du rappeur. Le seul invité de l’album est d’ailleurs le pianiste Sofiane Pamart, compositeur et interprète reconnu du rap français.
B.B Jacques présente une esthétique musicale emplie d'images et de textes très descriptifs, invitant à la contemplation. Par exemple, dans le double clip “NDSM & INTÉRIEUR SCANDINAVE”, le rappeur pose un œil de réalisateur sur sa musique. Les plans le représentent marchant à travers des paysages à la fois urbains et ruraux, mêlant à la fois ville, montagne et océan. L’esthétique de la nuit est aussi très présente et rappelle des propositions artistiques comme celle du rappeur Jazzy Bazz sur l’album “Nuit”, une balade urbaine, composée de morceaux comme “Insomnie”, “Minuit” ou “Cinq heure du matin”.
L’objectif de B.B Jacques n’est pas forcément de mettre en image son texte, mot pour mot, mais d’y ajouter un visuel transportant l’auditeur dans un état de contemplation de la beauté naturelle, tirant même parfois vers des sentiments comme la nostalgie et la mélancolie. Il y décrit son mood, ce qu’il voit, ce qu’il ressent très précisément comme s’il le vivait à l'instanté : il transparaît entièrement à travers ses textes. Cela fait sens pour B.B Jacques quand on connaît son implication dans la conduite de sa direction artistique et sur tous les autres éléments qui le concerne : sa musique, ses mots, son image, jusqu'à sa représentation cinématographique. Il travaille d’ailleurs de très près sur ses clips en compagnie du réalisateur Antoine Coulon. Rappeur à image, on le compare même à un peintre : “Je fais des tableaux comme Pablo ou B.B Jacques”, écrit Limsa D’aulnay, rappeur parisien, lors de la session live du Grünt 55 au Bataclan.
“Chaque phrase, chaque image de clip doit aspirer à être un tableau”
B.B Jacques, une conversation avec Mehdi Maizi, Le Code (Apple Music)
Considéré comme rappeur à texte et lyriciste du rap français à l’instar d’Oxmo Puccino ou Kery James, B.B Jacques ne se considère néanmoins pas comme “poète rappeur” : “je me définis comme un artiste mais je suis plus proche du rappeur que du poète” affirme-t-il lors d’une conversation avec le journaliste Mehdi Maizi pour Le Code. C’est là qu’est présente toute l'ambivalence du personnage de BlackBird Jacques. Ces deux précédents projets s’appellent “Poésie d’une pulsion 1 & 2” mais il se présente comme “jeune enfant de la Trap”, une production musicale totalement apparentée au hip-hop. De plus, il fait un lien entre la poésie et le rap à travers la pulsion et le besoin d’écrire. Cette envie qui le pousse à partager son vécu, sa vie est un besoin pour B.B Jacques même si, à l’inverse, il décrit la proposition artistique en général comme un acte égoïste. Parler de soi est très narcissique et le rappeur oeuvre à passer outre cet aspect négatif en communiquant à travers son prisme. Il ne parle pas de lui, il parle par lui. Celui-ci se questionne beaucoup sur l’utilité de sa proposition :
“Qu’est ce que j’ai à raconter de plus qu’un autre”
déclare-t-il dans l’entretien avec Jean Morel sur le média Grünt.
Cette ambivalence le suit jusque dans ses textes. Dans “NBOW”, c’est la dualité entre l’amour et la haine qui est omniprésente, que ce soit dans les relations sentimentales ou amicales. B.B Jacques aborde tantôt ses phases avec romantisme et délicatesse, tantôt avec grande violence et brutalité. Chaque idée est automatiquement accolée à une autre qui oeuvre souvent de manière totalement différente : “J'voulais m'noyer dans ses yeux, on s'est perdu dans l'regard des autres” dans le morceau “ZANDVOORT PALACE” , “Elle, elle veut t'protéger, elle t'ment” dans “NDSM”. Cette sélection n’est qu’un échantillon par rapport à toutes les propositions du rappeur. L’impression que l’on a de ce discours est que B.B Jacques, via son prisme, nous propose tout un panel des différentes étapes des relations : de l’amitié à la fidélité, jusqu’à la rupture amoureuse. Cela passe par des changements d’intonation, de production musicale et cela implique une dualité permanente entre les propos du rappeur. Tout est fait pour que l’impact des mots et des émotions touche le plus justement possible l’auditeur. Il s'exécute à la fois en s’adressant à un grand nombre de personnes et en traitant de sujet universel, mais aussi en ramenant cela dans un contexte et un cadre d’envies très particulières. Cette constante dualité s’explique par la principale quête de B.B Jacques : l’harmonie, qui est par ailleurs le titre du premier morceau de “NBOW”. C'était déjà le cas dans un passage de son précédent projet, “Hôtel” : “je voulais juste de l’harmonie”. Le rappeur parisien associe le terme harmonie au sens de l’équilibre des choses : c’est d’ailleurs une composante “naturelle”, très utilisée dans le domaine de la musique.
À la fois doux et colérique, ce projet nous invite à contempler les images musicales proposées par B.B Jacques. Le rappeur commente et décrit tout ce qu’il s’est passé et ce qu’il se passe autour de lui. Ceux qui l’écoutent deviennent eux-même réalisateurs, assistant à la proposition artistique de “NBOW” par l'œil d’une caméra forgé par le rappeur parisien. Partagé entre rap et poésie, amour et haine, recherche de réussite commerciale mais aussi d’intimité, B.B Jacques est en constante recherche de l’harmonie artistique qui mène à l’équilibre. Fuck Off !
Sources :
https://strikt.net/artiste/b-b-jacques/
https://genius.com/albums/Bb-jacques/New-blues-old-wine
https://www.youtube.com/watch?v=AS9JIeP_YOI&t=1663s
https://www.youtube.com/watch?v=tsAd1U15lZ8