FIFIB 2023 | TACK

2023-11-07

FIFIB 2023

TACK est allé au FIFIB, le Festival International du Film Indépendant de Bordeaux, qui a eu lieu du 18 au 23 octobre, pour découvrir de nouveaux films à vous conseiller. Alex, Elyna et Léopold vont vous présenter quelques films et vous en donner la critique.

 

TACK

L’âge Atomique (2012), réalisé par Helena Klotz, avec Eliott Paquet, Dominik Wojcik et Niels Schenider 

 

« Deux adolescents se retrouvent un samedi soir pour zoner ensemble. Alors qu’ils traversent Paris, les rencontres et désillusions s'enchaînent jusqu’à les pousser à s’interroger sur les sentiments qu’ils éprouvent…» 

 

« Les maladresses et qualités d’un premier long-métrage » (Alex) 

 

Interprété par Eliott Paquet et Dominik Wojcik dans les rôles principaux, et Niels Schneider en personnage secondaire, ce deuxième film d’Héléna Klotz nous immerge dans une ambiance sombre et festive de la vie parisienne pour ces jeunes de banlieue. Ce film nous transporte dans une histoire d’amour à sens unique, et dans un désespoir profond de ne pas trouver l’amour. Pour ce qui est de la technique, la réalisation est très bonne, le jeu des lumières nous imprègne dans l’histoire. Les acteurs sont bons, ils arrivent à nous raconter quelque chose. Malgré cela, à certains moments, nous nous demandons ce que nous regardons. On cherche à savoir où le film veut nous emmener sans vraiment comprendre le sens et l’intérêt de ce qu’il se passe. Des métaphores sont glissées mais sans être sûr de réellement les comprendre. Je ne sais pas si je recommande réellement ce film. Si l’occasion se porte, pourquoi pas, mais il faut bien se rendre compte que ce film est un « premier long-métrage ». On sent la liberté artistique et la passion derrière celui-ci, mais je ne sais pas s’il est de nécessité publique de le voir. C’est un film qui se regarde.

 

TACK

 

After, réalisé par Anthony Lapia, avec Louise Chevillotte, Majd Mastoura, Natalia Wiszniewska… (en compétition Contrebande). 

 

« Un propos trop fragmenté » (Léopold)

 

Premier film de la compétition Contrebande, After faisait partie des plus grosses attentes du festival. La compétition Contrebande propose neuf films faits en dehors des schémas classiques de financement. Porté sur l’expérience et la liberté, cette sélection de courts et longs-métrages a attiré mon attention. 

 

After raconte les histoires d’un club techno à Paris. De ce postulat simple, filmé avec des vieilles caméras, en ressort une histoire abrupte et imparfaite. Malgré la présence de Louise Chevillotte (À mon seul désir), After ne parvient pas à s’extirper du club techno et à proposer un récit captivant. 

 

Si la sélection musicale est brillante (avec notamment une parfaite utilisation du titre I go to sleep de Anika), le film se perd dans la transmission de son propos. Quelle histoire nous est racontée ? La vie d’un groupe d’amis au sein d’une rave-party ? La découverte d’un amour sans désir entre deux êtres que tout oppose ? À ne pas vouloir trancher, After reste dans un entre-deux. Au milieu des basses et des kicks percutants, un discours politique surgit de nulle part. Mais il est trop vite étouffé par une musique omniprésente, qui finit par le dominer.

Comment expliquer cette séparation du récit, entre musique et discours politique ? Le réalisateur du film, Anthony Lapia, explique que son projet était à la base « un court-métrage » et que « la partie club ne devait être qu’une introduction. » Louise Chevillotte ajoute que le tournage a duré « trois étés. » After est alors « passé d’un court-métrage d’une vingtaine de minutes, à un moyen-métrage, à un long-métrage (...) Ça m’a excitée de me dire qu’on partait d’un film à personnages, à deux protagonistes, pour finir sur une espèce de chœur d’êtres ». Quitte à perdre l’intérêt de son propos, dès lors trop fragmenté, voire caricatural. Dommage.

 

TACK

 

La Vénus d’Argent, réalisée par Héléna Klotz, avec Claire Pommet, Sofiane Zermani, Anna Mouglalis… (Compétition internationale longs métrages)

 

« Jeanne a 24 ans. Elle vit dans une caserne en banlieue avec son père gendarme, son petit frère et sa petite sœur. Elle a fait le pari de réussir sa vie dans le monde de la finance. Pas pour la gloire ou le luxe, mais parce que c’est le moyen qu’elle a trouvé pour gagner sa liberté. »

 

« Mon coup de cœur » (Alex)

Ce film a été mon coup de cœur du festival. Le film est beau, bien écrit et bien joué. Dans le rôle principal, nous retrouvons Claire Pommet (Pomme), avec à ses côtés Niels Schneider qui est une nouvelle fois en collaboration avec la réalisatrice, ainsi que Sofiane Zermani comme autre personnage secondaire. J’ai trouvé ce film beau esthétiquement, solide au niveau du scénario et on peut même constater un lien, assumé par la réalisatrice, avec le film l’âge Atomique. C’est un film sur la dualité entre l’amour/la famille et la passion et comme dit Gillian Anderson, « Follow your dreams not your boyfriend ». Très beau film bien mené, un jeu très bon et une alchimie très belle. Ce film est fait de paradoxe entre la droiture de l’armée et la décadence de la vie de Jeanne, ou encore sur fond décadent de Techno. C’est un film à voir, réellement. Pomme nous offre une belle performance et un beau moment avec son partenaire de jeu Niels Schneider. 

 

« Hypnotisant » (Léopold)

Après la déception After, les attentes étaient élevées pour cette fable poétique et moderne. Le film raconte l’histoire de Jeanne (Claire Pommet) qui cherche à réussir sa vie dans le monde impitoyable de la finance. De ce postulat simple naît un long-métrage à la précision chirurgicale. D’un côté, le film présente la famille de Jeanne qui vit dans une résidence de banlieue, proche d’une caserne militaire. De l’autre, il y a le monde de la finance et ses rouages redoutables, représentés par Farès (Sofiane Zermani) et Elia (Anna Mouglalis). La Vénus d’argent est un embrasement entre deux mondes distincts, séparés par des dogmes sociétaux et des classes sociales délimitées. C’est un récit à la fois de l’utopie et de la dystopie. 

 

Ambitieux, fort, puissant, le long-métrage d’Héléna Klotz possède une esthétique léchée et des plans envoûtants, une photographie sublime, parfaitement au service d’une Claire Pommet magnétique. Son personnage de Jeanne, inspiré de William Tell (Oscar Isaac) dans The Card Counter, hypnotise par sa froideur. 

 

Poétique, mais aussi un peu confus (la figure de l’agresseur n’est pas assez délimitée), La Vénus d’argent reste un grand et formidable coup de cœur.

 

TACK

 

Le Vourdalak, réalisé par Adrien Beau, avec Kacey Mottet Klein, Ariane Labed, Grégoire Colin… (Compétition internationale longs métrages)

 

« < Mes enfants, > dit le vieux Gorcha avant de partir, < attendez-moi six jours. Si au terme de ces six jours je ne suis pas revenu, dites une prière à ma mémoire car je serai tué au combat... Mais si jamais, ce dont Dieu vous garde, je revenais après ces six jours révolus, je vous ordonne de ne point me laisser entrer, quoi que je puisse dire ou faire, car je ne serais plus qu'un maudit Vourdalak> » 

 

« Déçu » (Alex)

 

Basée sur un livre de Tolstoï, cette histoire nous plonge dans un univers vampirique du XVIIIème siècle. Pour être tout à fait transparent, j’ai été déçu. Peut-être que j’en attendais trop, mais j’ai trouvé l’histoire rapide à certains moments et lentes à d’autres, à des moments où cette lenteur n’est pas justifiée. Bizarrement, j’ai bien aimé les SFX, qui ne sont pas exceptionnels, ce qui est le but, mais qui donnent du charme au film. Mais j’ai trouvé à certains moments le jeu d’acteur mauvais, une autre prise n’aurait pas été de trop, et les dialogues peuvent laisser à désirer, du moins dans la prononciation. Lorsqu’on nous place au XVIIIème siècle, que le scénario nous y renvoie mais que la prononciation par les acteurs nous ramène au XXIème siècle, ça ne colle pas. De plus, parfois la gestuelle semble maladroite et les plans peuvent aussi laisser à désirer. En effet certaines maladresses donnent un sens à l’histoire, mais d’autres donnent plutôt l’impression d’un manque de temps ou de moyen pour rendre le long-métrage meilleur. Mais enfin, ce film se laisse regarder, certes il a des défauts qui m’ont dérangés mais j’ai tout de même passé un bon moment car au final l’histoire est intéressante. Ça donne envie de se plonger dans le livre pour voir la vision de l’auteur. 

 

Je pense que ce film, qui sera sûrement sur Prime Vidéo ou OCS au vu des partenariats, peut-être vu, mais il ne faut pas s’attendre à quelque chose de révolutionnaire. Peut-être qu’un second visionnage me donnera un autre avis sur l’œuvre.

 

TACK

 

Personne n’a rien vu, réalisée par Clothilde Leclercq, avec Eglantine Perreau, Léana Montana, Mathilde Riu (en compétition Contrebande)

 

« Il y a quelques années, Angela a tourné un documentaire autour d’un stage de théâtre pour adolescents. Aujourd’hui, certaines personnes ayant participé au tournage racontent ce dont elles se souviennent, mais les témoignages ne concordent pas tout à fait. ».

 

« Puissant » (Alex)

 

Ce film, sous ses airs de film léger, dégage en fait un propos bien plus puissant et bien plus dur, le sujet du viol. Chaque personnage est intéressant et nous donne des pistes sur ce qu’il s’est réellement passé durant cette colonie théâtrale. Le propos peut par contre être dur vu qu’on parle de viol sur mineur, mais il est très bien amené et montre une réalité derrière ces évènements qui sont, à mon goût, trop peu évoqués. Le jeu d’acteur est très bon, je n’ai pas trouvé de fausses notes. C’est un film à voir pour un public averti, je recommande.

 

« Un entre-deux dérangeant » (Léopold)

 

Ce faux documentaire de la compétition Contrebande est certainement la proposition qui m’a le plus interrogée de tout le festival. Le synopsis est intriguant : il y a quelques années, Angela a tourné un documentaire autour d’un stage de théâtre pour adolescents. Aujourd’hui, une nouvelle caméra permet à chacun de témoigner du silence glaçant autour de ces semaines où plusieurs vies ont basculé. Si le concept est fort et l’intention des plus louables, un problème de ton vient s’immiscer vers la fin du récit. Durant une grande partie du film, on rit de situations grotesques, voire caricaturales. Plus c’est gros, plus ça passe. Le tempo est très bon, avant une dernière partie où tout déraille. À force de faire rire par un humour qu’on pourrait qualifier de cynique, la puissance de la révélation (attendue) s’en trouve désamorcée. D’un coup, le ton change et tout devient plus sérieux, plus grave. L’intention est donc de faire décompresser le spectateur qui s’apprête à recevoir une violence finale, en amont. Mais en faisant cela, le film perd de son émotion et plonge dans un entre-deux, pour ma part, inconvenant. 

 

TACK

 

ALLIÉS, réalisé par Salif Cissé, 2023, avec Guillaume Morel, Agathe Mazouin et Alexandre Auvergne (en compétition Contrebande)

 

« Amaury, un jeune parisien, revient d’un long voyage en Afrique durant lequel il a eu une profonde révélation. Dans son appartement haussmannien, il y invite alors ses amis pour leur faire part du prochain bouleversement de sa vie : il veut changer d’identité... »

 

« Inattendu et drôle ! » (Léopold et Alex)

 

C’est un vrai film à concept. Un concept à peine étiré, dont le réalisateur Salif Cissé (aperçu dans la dernière saison de Lupin, en tant qu’acteur cette fois-ci) parvient à capter toute la quintessence. Quinze minutes d’une histoire farfelue et rondement menée, dont il vaut mieux ne rien dévoiler. Avec en prime une fin inattendue et très drôle ! Un film de la compétition Contrebande, à la réalisation sobre, au service des comédiens. À noter le travail effectué sur l’ambiance sonore, d’une précision d'orfèvre. 

 

TACK

 

SAINT LAZARE, réalisé par Louis Douillez, avec Maximilien Delmelle et Yara Pilartz (en compétition Contrebande)

 

« Cynique et maladroit » (Léopold)

 

Présenté dans la compétition Contrebande, ce court-métrage présente la rencontre de deux personnages, Lazare - l’antipathique - et Flore - la rayonnante -, que tout oppose. Le film repose principalement sur des dialogues ficelés et provocateurs, “qui racontent quelque chose”, comme le soulève Louis Douillez. Ce dernier ajoute : “C’est un film de montage, avec un long champ/contre-champ”. La mise en scène est en effet sobre (avec une utilisation inventive du décor) et sa construction narrative classique. On y décortique des réflexions, plus ou moins maladroites, sur notre société. Louis Douillez explique ce qui l'a motivé dans la conception de Saint Lazare : “Le côté débat d’aujourd’hui fait qu’on doit forcément avoir un avis, ou une position (...) Donc je voulais faire une comédie de mœurs, un truc qui dit l’époque, comment les gens parlent, comment les gens pensent, même si ça peut n’aboutir à rien”. 

 

Dès lors, la comédie se mélange au cynisme, avec des situations bien trouvées, grâce à des gags venus du burlesque.

 

Le propos de fond, volontairement caricatural, voire “grossier”, finit toutefois par être dilué par la puissance et la liberté données aux personnages… avec pour conséquence de ne plus vraiment croire ce qui est raconté. Reste la fin d’un cynisme inattendu et audacieux.

 

TACK

 

PAYSAGE AUX TORCHONS, réalisé par Valentine Guégan et Hugo Lemaire, avec Emma Zimmermann, Hortense Guégan, Victor Fajardo… (en compétition Contrebande)

 

« Un été à Saint-Cirq-Lapopie, deux jeunes femmes font connaissance : Laure vend du linge ancien tandis qu’Ophélie tient une galerie de tableaux. Bien que tout les oppose, elles se rapprochent à mesure de leurs discussions et leurs caractères si différents s’entremêlent. »

 

« Maladroit et décevant » (Alex)

 

Nous nous trouvons ici avec le deuxième film des deux réalisateurs. Je ne vais pas cacher le fait que je n’ai pas aimé ce film. L’idée était très bonne, mais le rendu n’est pas à la hauteur. Certes il fait partie d’une sélection qui contient des films à petit budget, mais si on le compare aux deux autres films du dessus, ce moyen-métrage pêche. Ce film qui dure 56 minutes est bien trop long par rapport à l’histoire qui est racontée. L’une des actrices principales ne joue pas très bien tandis que l’acteur principal peut ne pas être compréhensible à de nombreux moments du film. La réalisation est parfois très maladroite, on sent que certains plans auraient nécessité une prise de plus. Puis pour finir, la fin est bâclée à mon goût. Je comprends ce qu’iels ont voulu faire, mais elle est amenée de façon trop brutale. Je suis assez déçu de ce film et je ne le recommande pas. 

 

 

TACK

 

EN ATTENDANT LES ROBOTS, réalisé par Nathan Castay, avec Harpo Guit (en compétition Contrebande)

 

« Quel coup de coeur ! » (Léopold)

 

Ce docu-fiction raconte le quotidien monotone d’Otto, interprété par Harpo Guit, composé de diverses missions pour Amazon. Seul derrière son écran, cloîtré dans son appartement, il s’est bâti une sociabilité internationale. Il discute avec des américains, partagent même des repas avec eux. Le film marque les esprits par sa justesse, cette plongée dans l’engrenage des GAFA. Si Otto est un personnage de fiction, tout le reste existe bel et bien. Chaque témoignage dépeint cette vie d’écrans. Le spectateur découvre une communauté disparate et émouvante, aux quatre coins du globe. Dans ce documentaire d’intérêt général, on se prend d’amour pour des personnes devenues le temps de 39 minutes, personnages. Une frontière fine entre réalité et fiction, peut-être perturbante pour certains, mais parfaitement orchestrée. La réalisation sobre est d’une honnêteté visuelle et narrative. Les vies des anonymes sont mises en valeur, dans une mélancolie implicite. Quand le générique apparaît, on souhaite continuer à poursuivre cette  (ces) discussion(s) amorcée(s) par Otto. Un grand documentaire, logiquement récompensé du grand prix de la compétition Contrebande.