mar. 26 mai 2026
Faire raisonner ses influences anglaises en français, rencontre avec Le Bleu
Écrit par : Léopold Frouin, Lucie Dublanchet et Noémie Sulpin © Noémie Sulpin
Le Bleu, c’est Arthur, Hugo, Pat et Barny. Un groupe qui mélange rock français, influences post-punk et énergie pop avec des morceaux aussi mélancoliques que dansants. Repérés parmi les iNOUïS 2026, ils défendent une musique frontale et vivante, pensée autant pour la scène que pour les nuits un peu trop longues. On les a rencontrés au Printemps de Bourges.
« Le Bleu, il faut qu’on crée notre propre légende »
C’est sûrement une question qu’on vous pose souvent, mais elle nous intrigue quand même : pourquoi Le Bleu ? Qu’est-ce que cette couleur représente pour vous ?
HUGO - C’est un mélange de plein de choses et de plein d’influences.
À la base, avec Arthur, on a créé le groupe tous les deux. Au début, c’était un duo, mais on avait déjà cette envie de construire un vrai groupe autour du projet.
Dans nos inspirations, il y avait beaucoup de groupes comme The Cure ou The Smiths, avec ces noms composés de deux mots. On aimait bien cette manière de nommer un groupe, donc Le Bleu est venu assez naturellement. Ensuite, la couleur a pris un sens plus large avec le temps. Il y a des références qui nous ont marqués, comme Bleu Pétrole d’Alain Bashung, certains films ou des séries comme Mindhunter. Toute une esthétique froide, nocturne, mélancolique.
Et puis on vient du Sud aussi, donc il y a forcément un rapport à la mer, aux paysages, à cette couleur-là. Au final, tout ça s’est mélangé naturellement dans le nom.
Tu parlais du moment où vous avez créé le groupe ensemble, avec déjà cette envie de construire quelque chose à plusieurs. Dans un groupe, il y a toujours un équilibre à trouver entre les personnalités, les rôles et les places de chacun. Comment est-ce que vous faites pour que cet équilibre fonctionne ?
PAT - Franchement, ça se fait assez naturellement.
Pour la composition, il y a souvent une base apportée par Arthur et Hugo, qui sont à l’origine du projet. Ils arrivent avec des lignes de guitare, des idées de voix, une ambiance, parfois même déjà une idée de batterie.
Ensuite, ils nous partagent leur vision du morceau et avec Barny, on vient rajouter notre grain de sel. On se dit : « Et si on mettait un stop ici ? », « Et si on faisait monter cette partie autrement ? » Le morceau se construit vraiment ensemble au fur et à mesure.
Et ce qui fait que ça fonctionne bien, c’est qu’on est tous très ouverts à la critique et aux remarques des autres. Il n’y a pas d’ego mal placé dans le processus. Si quelqu’un propose quelque chose de mieux, on l’essaie.
Vous parliez de vos inspirations très anglophones, mais vous avez pourtant choisi de chanter en français. Pourquoi ce choix-là ?
ARTHUR - Il y a plein de petites raisons.
Déjà, moi, je trouve ça compliqué d’écrire en français. Justement parce que c’est notre langue. C’est plus difficile de réussir à bien s’exprimer, à trouver les bons mots, à dire exactement ce qu’on veut raconter.
Mais du coup, quand j’arrive à écrire un texte qui fonctionne, qui rejoint ce qu’on imagine tous les quatre pour un morceau, il y a quelque chose de très satisfaisant. Il y a aussi tout un rapport aux artistes et aux auteur·rices que j’ai découverts plus jeune. Beaucoup de poésie, beaucoup d’artistes francophones que mes parents écoutaient quand j’étais enfant.
Au final, ce n’était pas vraiment un choix stratégique. Ça nous paraissait logique d’écrire en français. Et puis je trouve ça intéressant de prendre toutes ces influences britanniques ou anglo-saxonnes et de les retranscrire avec notre langue à nous, avec nos propres mots.
© Augustin Jansem
Le rock est souvent pensé pour être vécu sur scène. Et on sent que le live occupe une place importante chez vous, notamment dans votre dernier clip, Pars sans moi. Comment est-ce que vous appréhendez ce terrain de jeu-là ?
BARNY - Je pense qu’on l’appréhende de la manière la plus sincère et authentique possible.
On ne se voit pas forcément comme des artistes qui vont principalement exister à travers les réseaux sociaux ou une image “influence”. Aujourd’hui, notre vraie force, c’est surtout le live. C’est l’endroit où on se retrouve le plus tous les quatre.
C’est aussi là où on arrive le mieux à exprimer ce qu’on veut faire musicalement pour l’instant.
Donc ça nous semblait logique de construire un clip comme Pars sans moi autour de cette énergie-là, parce que c’est vraiment ce qu’on aime faire et ce qu’on veut continuer à développer.
Et puis le fait d’être devenus un quatuor prend encore plus de sens sur scène. Dans le live, tout se rassemble vraiment.
Vous avez un peu l’image d’un groupe de la nuit. Ça rejoint même votre nom, parce qu’il y a quelque chose de très nocturne dans le bleu. Quel est justement votre rapport à la nuit ?
HUGO - Je pense que la nuit nourrit énormément l’inspiration de manière générale. Les villes sont plus calmes, les ambiances changent… même si parfois les salles de concert deviennent justement les endroits les plus vivants.
Il y a quelque chose de très cinématographique dans la nuit et ça influence forcément nos morceaux, notre direction artistique, les images qu’on aime construire autour du groupe.
Et puis la nuit, c’est aussi le moment où on laisse sortir autre chose de nous-mêmes. On a envie de lâcher davantage d’énergie, de laisser parler quelque chose de plus instinctif. Donc forcément, ça se retrouve beaucoup dans le live aussi.
© Ameline Vildaer
Vous avez sorti Tout éteindre en 2023. Qu’est-ce qui a changé depuis dans votre manière de faire de la musique ?
PAT - Je pense que ce qui a le plus changé, c’est le fait d’être passés à quatre. Tout éteindre est un morceau qui existait avant qu’on forme vraiment le quatuor, et honnêtement ce n’était pas forcément un titre auquel Arthur et Hugo tenaient énormément à l’époque.
Mais le fait d’être devenus quatre nous a permis de lui redonner une autre vie.
On a créé une dynamique beaucoup plus intense autour du morceau, autant dans l’interprétation que dans la manière dont chacun le ressent sur scène.
Chacun a apporté une partie de lui-même dedans et aujourd’hui le morceau existe complètement différemment en live. Il est devenu beaucoup plus prenant, beaucoup plus vivant.
Il y a tout un travail d’ambiance qui s’est développé autour : les lumières, les montées en puissance, le crescendo… Il se passe vraiment quelque chose entre nous quand on le joue.
J’ai une question un peu plus ludique : si vous pouviez piocher des musicien·nes dans tous les groupes que vous aimez pour créer votre groupe “de légende”, vous choisiriez qui ?
En vrai, ce n’est même pas forcément une question de créer un “super groupe”. On se nourrit déjà de tellement de choses différentes que ce serait impossible de choisir une seule personne ou un seul groupe.
Chaque morceau de Le Bleu est déjà inspiré par plein d’artistes différents.
Donc si on devait vraiment tous les réunir, ce serait plus un orchestre géant qu’un groupe. rires
Mais au final, le plus important pour nous, ce n’est pas de rejouer une légende existante. C’est plutôt de faire vivre, à travers nous, tout ce que ces artistes nous ont transmis.
Le Bleu, il faut qu’on crée notre propre légende.
Vous faites partie des iNOUïS 2026 et on a l’impression que vous avez aussi beaucoup accroché humainement avec les autres artistes de cette sélection. Est-ce qu’il y a des artistes avec lesquels vous pourriez imaginer collaborer plus tard ?
Clairement Violent Sadie Mode.Et Parsa Sabet, avec qui on partageait l’appartement toute la semaine. On a énormément rigolé ensemble.
Mais honnêtement, tout le monde était vraiment super.
Et Tessina aussi. Elles sont incroyables. Il y a un truc hyper angélique dans leur univers, presque cinématographique.
Franchement, on a pris quelque chose chez tout le monde cette semaine. Il y avait une très belle ambiance entre les artistes.
J’ai une question qui rebondit sur ce qu’on disait tout à l’heure autour de Bleu Pétrole. Est-ce que vous vous êtes déjà imaginés reprendre un morceau de cet album dans votre univers à vous ?
Non, jamais vraiment.
On a déjà parlé de faire des reprises un jour, évidemment, mais pour l’instant on ne s’y est pas encore attaqués.
Aujourd’hui, on a surtout envie de créer nos propres chansons. On se sent encore dans une phase où on construit notre identité et notre singularité.
Peut-être qu’un jour on le fera. Mais d’abord, on veut vraiment trouver complètement notre propre voix.
Entretien réalisé le 17 avril au Printemps de Bourges Crédit Mutuel.
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