Blade Runner (Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?) : qu’est-ce qui fait notre humanité ? | TACK

2020-10-01

Blade Runner (Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?) : qu’est-ce qui fait notre humanité ?

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Le 15 septembre 1982 sort dans les salles de cinéma le film Blade Runner. Considéré comme étant un des plus grands films de science-fiction, Philip K. Dick, l’auteur du roman dont s’inspire le film, n’a pour sa part qu’entre aperçu quelques minutes de celui-ci car, il passe de vie à trépas le 2 mars 1982. Mais peut-être est-ce mieux ainsi diront certains à la vue des libertés prises par Ridley Scott sur le scénario du film, qui est, pour ainsi dire, complètement différents du livre. Bien qu’il conserve tout de même l’ambiance postapocalyptique, avec comme personnage principal Rick Deckard qui chasse des androïdes (ces robots dotés d’intelligence qui ont forme humaine) arrivés sur Terre, ainsi que la pièce maîtresse du livre : la question de notre humanité.) 

 

Par ailleurs, le nom original du roman de Philip K. Dick, sorti en 1968, n’est pas Blade Runner mais Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? L’auteur s’opposera de son vivant au changement du nom de son roman pour s’aligner sur le film, mais ce changement se fera tout de même après sa mort par l’éditeur du livre car « business is business ». 

 

Pour ceux qui ne connaissent pas Dick, vous connaissez peut-être certaines des adaptations suivantes qui se sont inspirés plus ou moins fidèlement de ses œuvres : Total Recall (inspiré de sa nouvelle Souvenirs à vendre), The Truman Show (inspiré de son roman Le temps désarticulés), Minority Report (inspiré d’une nouvelle qui porte le même nom), la série The Man in the High Castle (d’après son roman Le Maître du Haut Château). Et ceci s’avère être une liste très, très, très courte de tout ce qui a été produit à partir de l’univers foisonnant et varié de Dick. 

 

L’histoire de Rick Deckard, chasseur de prime, prend place à San Francisco dans un univers postapocalyptique. En effet, une guerre nucléaire aura anéanti la Terre et la grande partie de l’humanité vivante a fui vers Mars et les colonies spatiales. Ainsi, certains sont resté sur notre planète mère soit par choix, soit par impossibilité d’aller rejoindre les autres. Dans l’effort de colonisation de Mars, chaque humain se voit confier un androïde dernière génération qui ne sont alors rien de plus que des esclaves modernes. Et le boulot de Rick est de « retirer », comme il le dit lui-même pour avoir la conscience un peu plus tranquille, ces androïdes qu’il tue. Car leur présence sur Terre, où ils sont interdits, sous-entend qu’ils ont fui Mars après avoir tué leur maître humain.

 

Dans ce monde où tout est détruit, la plupart des espèces animales se sont éteintes. Alors, la possession d’un animal est un signe de richesse, mais aussi un signe d’empathie qui rappelle à celui qui en possède un (et parfois plusieurs), son humanité. Et c’est pour cette raison que notre personnage principal aura comme quête son envie de remplacer son mouton électrique par un vrai. Mais pour ce faire, il lui faudra de l’argent. Et par la magie du scénario, voilà qu’on apprend que des Nexus 6, des androïdes dernier cri, sont sur Terre depuis peu. Une mission parfaite, et bien rémunérée, pour notre chasseur de prime.

 

Mais ce ne serait pas un livre de Philip K. Dick si cette aventure n’était qu’un affrontement entre gentil policier et méchant robot. Dans ce monde où l’empathie est érigée en valeur suprême, pour tenter de rappeler à chacun son humanité face au vide et à la dévastation de leur environnement, Rick Deckard va suivre un voyage initiatique très court, mais extrêmement intense.

 

On retrouve la question de l’empathie à divers niveaux dans le roman. On peut par exemple parler du mercerisme, une religion qui permet à ses adeptes de ressentir la passion, la douleur et tous les sentiments de Mercer lors de son ascension d’un flanc de montagne. Cela est possible grâce à un appareil communément appellée « boîte à empathie », qui vous relie à lui, mais aussi aux autres, avec qui vous vivez ce moment. L’expérience semble tellement réelle qu’on peut même en être physiquement affecté. Mais le vrai baromètre de l’empathie dans le roman est le rapport de Rick avec les androïdes. Notre personnage principal qui justifie son métier, la nécessité de tuer ces derniers, par le fait que ce sont des êtres dépourvus d’empathie et dangereux, va voir sa certitude bousculée au fil de son aventure. Par la même occasion, on suivra son ressenti sur ce qui fait, ou non, notre humanité.

 

Ce roman, c’est du Philip K. Dick tout craché : une histoire intéressante à suivre, des personnages profonds et nuancés, un univers qui correspond parfaitement au message qu’il veut faire passer et surtout, ce pour quoi il est considéré comme un pilier de la science-fiction: il bouscule les certitudes établies. Dans Ubik, livre le plus connu de l’auteur mais qui n’a pourtant pas été adapté en film car, probablement trop difficile à adapter, il pose déjà la question de notre réalité.

 

Si vous êtes fan de science-fiction et que vous voulez découvrir Philip K. Dick ou si vous n’y connaissez pas grand-chose, mais que vous voulez vous lancer, alors Blade Runner remplira parfaitement cette tâche (Ubik aussi). Le livre n’est pas très long et se laisse lire facilement (le vocabulaire et les tournures de phrases sont simples), vous devriez le retrouver dans toutes bonnes libraires à côté de chez vous.