2023-12-18
Avant l’impression, il y a la création : Comment faire des livres pour les enfants ?
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À travers la quête d’un personnage en manque d’inspiration, l’auteure Nadja livre une pastille humoristique sur la création et les réalités de la vie éditoriale.
Auteure-illustratrice prolifique depuis la fin des années 80, Nadja a marqué la littérature jeunesse à travers une variété d’œuvres qui approfondissent des thèmes universels et intemporels destinés à un jeune public. Les concepts fréquents de la bibliographie de l’auteure incluent l’exploration de l’imagination enfantine, ainsi que la découverte de soi et des autres. À travers ses personnages récurrents comme Momo, Ninon, Maxou, Mic et Mac… Nadja offre aux lectrices et lecteurs une fenêtre sur le monde des enfants, abordant des situations quotidiennes et des expériences émotionnelles avec sensibilité et humour. Ses réalisations artistiques proposent une esthétique ludique et colorée, souvent caractérisée par des formes simples, des palettes de couleurs vives et des compositions marquées par l’expressionnisme pour raconter des histoires oniriques.
Ses différents ouvrages proposent une alternative enrichie dans le milieu de l’édition des livres pour enfants, avec des ouvertures vers d’autres univers, où l’auteure évoque des sujets plus complexes comme l’art ou le fantastique. Certains de ses travaux sont destinés à un public adulte, à l’instar de Comment ça se fait ? où elle s’interroge sur la mécanique de la création en plongeant son bestiaire habituel dans le quotidien. Dans cette même optique, Comment faire des livres pour les enfants, paru aux éditions Cornélius en 2002, invite à l’introspection humoristique de ses propres productions.
“C’est très difficile, mais passionnant.”
Comment faire des livres pour les enfants se présente comme un guide offrant un regard à la fois satirique et instructif sur la création de livres destinés au jeune public. À travers son expérience, Nadja propose une exploration du processus créatif derrière la littérature jeunesse tout en abordant des thèmes sous-jacents concernant les enfants. L’auteure apparaît sous les traits d’un ours assis à un bureau pour éclairer les lecteurs et lectrices sur la conception d’un livre, tout en les invitant à repenser les idées préconçues autour de la littérature. Son discours transcende les clichés pour offrir une perspective honnête sur le monde complexe et riche de l’édition.
Par des suggestions sincères et utiles : se renseigner sur les autres œuvres existantes, chercher l’inspiration pour écrire mais ne pas se jeter sur la première idée venue, penser au sens et au sous-texte moral… L’artiste crée un contre-exemple humoristique, en imaginant un dialogue entre plusieurs versions d’elle-même. Le rythme du récit repose sur l’échange constant entre une narratrice dispensatrice de conseils et une auteure appliquant ses opposés. Si le premier personnage insiste sur l’importance d’une bonne histoire référencée à des symboliques ou des récits personnels, illustrée de compositions graphiques explicites et adaptées au public ; le second s’ancre dans la volonté de faire ce qu’elle veut, sans tenir compte de l’objectif de sa création ou des lecteurs et lectrices. Dans un contexte où de nombreux parents considèrent que les enfants ne font pas la différence entre les œuvres, Nadja aborde avec humour le défi de créer des livres pour enfants de qualité, rejetant par le biais de son alter-ego l’idée de « livres nuls » souvent proposée aux jeunes lecteurs.
Faire bonne impression
À travers son ouvrage, Nadja s’engage à offrir une alternative en illustrant que la littérature jeunesse exige une créativité, une réflexion et un engagement sincère. Cette approche se reflète dans son opuscule, où elle dresse une liste de conseils pour les aspirants auteur.ice.s et illustrateur.ice.s, tout en démystifiant le processus complexe de création et d’édition.
La comparaison avec son œuvre ultérieure Comment ça se fait ?, publiée en 2005, révèle des similitudes et des variations dans les thèmes abordés par Nadja. Le roman graphique part du postulat que les livres, les films et les tableaux sont créés dans le but de susciter des échanges, d’enrichir les discussions et de déclencher une réaction qui pourrait éventuellement aboutir à la création d’une autre œuvre, dans une logique cyclique. Comment ça se fait ? reprend les mêmes personnages d’ours dessinés pour Comment faire des livres pour les enfants sous une autre forme. La mise en couleur joue avec les contrastes noirs, gris et blancs, le crayonné simple laisse place à des peintures à la gouache plus texturées. Les protagonistes servent le récit dans une succession d’échanges sur les arts et la société pour illustrer la réflexion autour de l’inspiration et de l’introspection artistique. Les deux productions, bien que distinctes, partagent une voix narrative authentique et un style graphique caractéristique de Nadja. Elles se suppléent pour saisir l’ensemble des concepts qui entourent la vie éditoriale et toutes les étapes qui engendrent l’impression d’un livre. Comment faire des livres pour les enfants et Comment ça se fait ? peuvent également être complétés par d’autres ouvrages de la bibliographie de l’auteure : L’enfant des sables (1992), La petite fille du livre (1997)… pour comprendre la mise en pratique des réflexions autour de la Création, évoquées dans les deux écrits déjà précédemment cités.
Si l’impression est l’étape finale de l’édition, les auteur.ice.s comme Nadja viennent démystifier l’ensemble des étapes précédentes et apportent un regard honnête sur la réalité du travail créatif.