2025-06-01
Anouk et Lily : les grandes gagnantes du prix de l’ICART théâtre 2025
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Depuis maintenant 5 ans, le prix de l’ICART récompense des catégories artistiques comme les arts visuels, la musique, le théâtre ou le cinéma. À l’occasion de cette 6e édition, nous nous sommes rendus ce mardi 11 mars 2025 au Marché des Douves, pour les prestations et la remise des prix de la catégorie théâtre.
Cette année, les artistes concourant au prix de l’ICART devaient composer autour du thème “Tempête(s)”. Le prix du jury est revenu au duo Anouk et Lily, accompagné d’Adèle à la régie, pour leur pièce de théâtre contemporain Culotte. Retour sur une performance aussi déroutante que puissante.
Une pièce puissante et surprenante
Ce spectacle met en scène deux amies qui discutent de manière spontanée, allant d’un sujet à un autre de manière parfois décousue. On passe du dialogue au monologue, d’un conte à un témoignage, d’une tirade à de longs silences. Ces transitions parfois brusques ont entretenu un suspense chez le public, l’invitant à retracer les liens entre les scènes.
Le consentement comme fil directeur de la pièce
Cette pièce commence en nous annonçant ce qu’il va se passer dans les prochaines secondes, brisant notre soif de curiosité. Un rappel clair du consentement nous met directement dans le bain. Anouk insiste sur le fait que Lily arrivera en culotte si, et seulement si, elle le souhaite. Elle lui demande ensuite si elle est toujours en accord avec l’idée de jouer la scène dénudée. La pièce en elle-même lui accorde le choix, jusqu’au dernier moment. L’efficacité de ce procédé nous amène à nous demander si la pièce a commencé et si elle va se jouer.
Le consentement est abordé et questionné tout au long de la pièce de manière parfois subtile et parfois évidente.
Un rapport au corps et à la femme interrogé
Le rappel de consentement au début de la pièce a directement placé le corps de Lily comme étant le sien, mettant une barrière entre notre regard et son corps. En effet, lorsque Lily arrive sur scène dénudée, elle met l’accent sur certaines de ses particularités physiques : une cicatrice, un grain de beauté. Cela interagit directement avec le public. Elle guide notre regard et pourtant nous ne savons pas où nous avons le droit de poser l'œil. Le focus qui a été fait sur certaines de ses particularités permet de désexualiser son corps.
Lily raconte ensuite l’histoire de La princesse au petit pois, un conte de Hans Christian Andersen (1835) qui place la fragilité et la sensibilité comme étant les principales caractéristiques d’une vraie princesse. La morale de ce conte est de ne pas se fier au premier regard, mais ce que l’on retient aussi, c’est que les hommes recherchent des femmes fragiles.
Alors que nous avions presque oublié la présence d’Anouk qui courait depuis le début de la lecture, elle nous surprend en faisant tomber un objet. S’ensuit alors une tempête d’excuses. Elle s’excuse sur un ton hésitant, d’avoir interrompu l’histoire. Peu à peu, elle prend en assurance. Une colère, une rage se fait sentir : désormais elle ne se taira plus. C’est la révolte d’une femme qui est mise en action. Du manque de confiance en soi à l’affirmation de soi. De la vulnérabilité à la colère. De la peur de se faire remarquer à la monopolisation de la parole. Elle explose ; comme un vase qui se remplit goutte par goutte depuis des années et d’un coup, ce sont des litres qui tombent dedans jusqu’à ce que le vase se vide, puis l’eau cesse de couler et le calme revient. Anouk a cessé de courir, elle s’est fait arrêter par Lily. Une réelle connexion amicale se fait sentir. Bienveillance, écoute et compréhension sont au centre de leur relation.
Un témoignage bouleversant
Lily nous partage ensuite l’histoire d’un de date qui ne s’est pas passé comme elle l’entendait malgré son envie d’intimité. Le manque de communication et de considération de son partenaire l’a laissée confuse. Elle n’a pas eu la place de s’exprimer. Elle nous questionne sur la notion de consentement et sur le regard porté par son date. Il n’a pas respecté sa volonté de rester dans le noir. Il ne s’est pas penché sur son désir, son plaisir et ses envies. Cette scène nous amène dans l’intime et met en lumière les regards inadaptés qu’un homme peut avoir. Lily a été considérée comme un objet sexuel et non comme une personne avec ses ressentis.
Nous nous rendons alors compte que le début du spectacle, qui resitue le consentement comme élément clé de la pièce, est ce qui a manqué dans la soirée dont nous témoigne Lily.
À la fin, Lily récupère les vêtements sur le fil à linge pour se rhabiller. Comme si elle s’était mise à nue pour nous partager une histoire intime. Il ne reste plus que la culotte, symbole et titre de la pièce.
La pièce critique le patriarcat en nous montrant certaines de ses répercussions sur les femmes. Ce spectacle nous interroge principalement sur les notions de consentement, de regards portés sur les corps et sur le sexe, déplaçant notre statut de spectateur passif à observateur réfléchi.
En somme, il s’agit d’une pièce lourde de sens, que nous vous invitons à regarder plusieurs fois pour en comprendre toutes les subtilités.