34e édition du Festival du Film d’Histoire de Pessac : Sur les traces du passé ibérique | TACK

2024-11-27

34e édition du Festival du Film d’Histoire de Pessac : Sur les traces du passé ibérique

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La 34e édition du Festival du Film d’Histoire de Pessac s’est achevée le 24 novembre 2024, après une semaine riche en émotions. Du matin jusqu’au soir, le cinéma Jean Eustache s’est transformé en une véritable fourmilière, porté par la thématique « Espagne / Portugal ». Les deux pays frontaliers ont été mis en avant avec une programmation de cinquante-neuf films, d’une quarantaine de débats, rencontres, cafés historiques et de trois expositions. Trois compétitions, indépendantes de la thématique, ont également parcouru l’événement : la compétition Fiction, la compétition Documentaires d’Histoire et la compétition Documentaires d’Histoire du Cinéma. TACK était à nouveau au rendez-vous et vous propose un retour complet sur son déroulé et ses temps forts.

 

L’Histoire de la péninsule ibérique

 

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L’Espagne et le Portugal ont été célébrés comme il se doit, de leurs différences à leurs similitudes, que ce soit la langue, la littérature, la musique, la politique et, bien sûr, le cinéma. Durant ces six jours de festivités, les spectateurs, aussi acteurs de l’événement, ont enchaîné les débats, les tables rondes, les rencontres, les entretiens, les cafés historiques, en partenariat avec l’IJBA, l’Université Bordeaux Montaigne, la revue l’Histoire, Le Monde, Le Monde diplomatique, Sud Ouest, la librairie Encre Blanche, et tant d'autres… Ils se sont ainsi replongés dans la violence des dictatures de Salazar et de Franco, débattus sur la religion et le pouvoir dans les mondes ibériques, discutés de l’état économique de l’Espagne et du Portugal quinze ans après la crise de 2008. Ce fut également l’occasion de célébrer les grands artistes de ces régions, dont le peintre espagnol Francisco de Goya et le poète portugais Fernando Pessoa. Le Festival a proposé un panorama de ces cultures, aussi proches qu’éloignées de la nôtre. Du point de vue cinématographique, les spectateurs ont découvert des films de patrimoine, pour certains très rares, de l’épopée historique El Cid de Anthony Mann (1961) au film de guerre et d’aventure Les Lignes de Wellington de Valeria Sarmiento (2012), en passant par l’antifranquiste Mort d’un cycliste de Juan Antonio Bardem (1955). 

 

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Francesco Goya, El tres de mayo de 1808 en Madrid, « Le trois mai 1808 à Madrid », 1814. 

 

L’importance du passé pour comprendre le monde

Plus que jamais, l’Histoire apparaît comme un rempart à la désinformation, aux mensonges, à l’extrémisme. Dans le monde, les démocraties se fissurent, les guerres s’intensifient, les peuples suffoquent. « Dans un contexte de résurgences de gouvernements autoritaires et populistes », comme l’écrit le président du Festival, Alain Rousset, dans son éditorial, il est important d’expliquer et de comprendre le passé au sein d’un lieu de culture essentiel : le cinéma. Entre la mise en lumière des dérives cachées de la dictature brésilienne des années 70 dans Je suis toujours là de Walter Salles, de la situation précaire des réfugiés afghans en Iran dans Au pays de nos frères de Raha Amirfazli et Alireza Ghasemi, de la question du droit à l’avortement dans Pologne : Les femmes, le Pape et le Parti de Ada Grudzinski, le Festival se veut un espace d’engagements, d’ouvertures et de questionnements.

 

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Image extraite du film Au pays de nos frères de Raha Amirfazli et Alireza Ghasemi

 

Le Festival du Film d’Histoire est un événement incontournable dans cette transmission de connaissances, notamment auprès des plus jeunes. Tout un programme est mis en place pour permettre aux scolaires de se rendre au cinéma afin de découvrir des œuvres nécessaires dans la compréhension du monde et de ses enjeux. Plus de 25000 élèves de trente-quatre villes de la Nouvelle-Aquitaine ont ainsi participé à cette manifestation. C’est tout simplement le premier festival de cinéma de France pour son programme scolaire !

 

Pour toutes ces raisons, il apparaît comme primordial de continuer à mettre en avant un tel événement. François Aymé, commissaire général du Festival et patron du cinéma Jean Eustache, alerte sur les difficultés rencontrées par l’événement au média Écran Total :

 

« (…) Le problème rencontré par le festival de Pessac est le même que dans beaucoup d’autres festivals : nos aides sont soit stables, soit en légère diminution, tandis que nos charges augmentent. Même si la fréquentation est bonne, les tarifs restent faibles et les recettes sont très inférieures au montant des aides. Il devient de plus en plus difficile de maintenir cet équilibre. »

 

Sur le secteur de l’exploitation, le constat est sans appel : « Les budgets des collectivités locales, en particulier ceux des municipalités, sont de plus en plus contraints, ce qui risque de pénaliser les salles d’Art et Essai. » La culture est un combat de tous les instants. Face à un obscurantisme toujours plus puissant, elle est d'une nécessité capitale. Les « jeunes » sont désireux d’appréhender un monde en constant mouvement, proche de basculer dangereusement dans la dictature des pensées. Le rôle de l’État et des collectivités locales est donc de pérenniser ce lien intellectuel, culturel, historique et social pour les jeunes, et pour toutes les autres générations.

 

Des compétitions de hautes volées

 

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Adrien Brody incarne László Tóth dans le film événement The Brutalist de Brady Corbet

 

Les compétitions, en plus des films thématiques, ont également rythmé le Festival. Les longs-métrages sont, pour la grande majorité, des avant-premières. Dans la compétition Fiction, composée de dix films d’un cru remarquable, TACK a particulièrement apprécié Je suis toujours là, Au pays de nos frères et La Jeune Femme à l’aiguille. Dans la compétition Documentaires d’Histoire et ses neuf films, nous avons adoré François Mauriac, mémoires intimes. Enfin, dans la compétition Documentaires d’Histoire du cinéma, constituée de huit productions, nous avons été glacés par le terrifiant et passionnant Leni Riefenstahl, la lumière et les ombres. Plusieurs articles sur ces films seront à retrouver prochainement sur le site Internet de TACK, restez à l’affût !

 

Enfin, un des grands événements de cette édition fut la diffusion exceptionnelle, en avant-première France, de The Brutalist de Brady Corbet, Lion d’Argent à la Mostra de Venise 2024. Ajouté au dernier moment à la compétition Fiction, le long-métrage retrace l’histoire fictive de l’architecte juif László Tóth lors de son arrivée aux États-Unis, après la Seconde Guerre mondiale. Cette fresque désillusionnée fut notre immense coup de cœur du Festival.

 


 

Le palmarès de la 34e édition du Festival du Film d’Histoire de Pessac :

 

Prix Pape Clément : Paulo Branco, producteur

Coup de coeur de la 34e édition : Maria de Medeiros, actrice et réalisatrice

Prix Compétition Fiction : Au pays de nos frères de Raha Amirfazli et Alireza Ghasemi 

- mentions spéciales pour : Je suis toujours là de Walter Salles et Ce nouvel an qui n’est jamais arrivé de Bogdan Muresanu 

Prix Danielle le Roy du Jury Étudiant : Je suis toujours là de Walter Salles 

Prix du public Compétition Fiction : Je suis toujours là de Walter Salles 

Prix Compétition Documentaires d’Histoire du Cinéma - Jury Caméo : L’image originelle de Pierre-Henri Gibert

Prix Compétition Documentaires d’Histoire du Cinéma - Jury professionnel Michel Ciment : Leni Riefenstahl, la lumière et les ombres de Andres Veiel 

- mention spéciale pour François Truffaut, le scénario de ma vie de David Teboul

Prix Compétition Documentaires inédits : Isolation de Igor Minaev 

Prix Compétition Documentaires inédits - Prix du public : Pologne : Les Femmes, le Pape et le Parti de Ada Grudzinski 

Prix Compétition Documentaires inédits - Prix du jury lycéen : Pologne : Les Femmes, le Pape et le Parti de Ada Grudzinski 

Prix Compétition Documentaires inédits - Ville de Pessac : François Mauriac, mémoires intimes de Virginie Linhart 

Prix du Livre d’Histoire du Cinéma : Robert Altman, miroitements d’une œuvre de Édouard Sivière aux éditions Marest

 


 

Ainsi s’achève notre compte-rendu de la 34e édition du Festival du Film d’Histoire de Pessac. Nous souhaitons remercier les équipes du festival et du cinéma Jean Eustache pour leur accueil et leur engagement de tous les instants. Retrouvez tout au long des semaines à venir des articles sur les longs-métrages visionnés dans la section Les Chroniques du site Internet de TACK. Notre retour sur le film événement The Brutalist sera en ligne très prochainement ! À l’année prochaine pour la déjà passionnante 35e édition, sur la thématique « Secret et mensonge » !